En bref

  • Regardez d'abord les deux faces de la lame : un biseau de chaque côté (double biseau) ou d'un seul (simple biseau).
  • Double biseau : environ 9 à 16° par côté, selon la marque.
  • Simple biseau : on suit le biseau d'usine, et la face arrière se passe à plat, seulement pour ôter le morfil.
  • Les fabricants japonais préfèrent la pierre à eau. Sur le fusil, ils se contredisent : suivez la notice de votre marque.

Simple ou double biseau : identifier sa lame

Un couteau à double biseau est affûté des deux côtés ; un couteau à simple biseau ne l'est que d'un côté. Kai, Korin, Global et Tojiro font tous cette distinction, et la méthode d'affûtage en dépend. Avant de sortir la pierre, regardez donc les deux faces de la lame, près du tranchant : un biseau visible de chaque côté, c'est un double biseau ; une face plate ou légèrement creusée, c'est un simple biseau.

Le double biseau : symétrique ou asymétrique

Le gyuto, le santoku et le petty sont en majorité à double biseau. Ce double biseau peut être symétrique (50/50) ou asymétrique, avec un biseau plus large côté face. Beaucoup de couteaux de style occidental fabriqués au Japon sont asymétriques, et le ratio le plus cité est le 70/30. D'autres restent symétriques, comme les Shun Classic selon Kai. La fiche de votre modèle, ou un coup d'œil aux deux biseaux, vous le dira.

Selon America's Test Kitchen, le ratio indique la part de l'angle total que prend chaque biseau : une lame de 30° au total en 70/30 a environ 21° côté face et 9° côté dos.

Le simple biseau : deba, yanagiba, usuba

Les couteaux traditionnels à simple biseau sont le deba, le yanagiba et l'usuba. Leur face arrière, l'ura, n'est pas plate : elle est légèrement creusée, c'est l'urasuki. Selon Kai et Korin, ce creux aide le produit à se détacher de la lame. Côté face, le biseau est limité par une arête, la ligne de shinogi, que Korin et le coutelier Jikko demandent de préserver à l'affûtage.

Un simple biseau existe en version droitier et en version gaucher, chez Korin comme chez Yoshikin, le fabricant de Global. Selon Korin, l'affûtage ne permet pas de passer de l'un à l'autre : choisissez le bon sens à l'achat.

Et le santoku ?

Le santoku est le plus souvent à double biseau : c'est ce qu'écrit Jikko, coutelier de Sakai, et c'est ainsi que Zwilling et Kai le traitent. Mais Jikko fabrique aussi des santoku à simple biseau. Regardez les deux faces de votre lame avant de l'affûter.

Trois coupes de lame japonaiseVues du talon : un double biseau symétrique 50/50, un double biseau asymétrique 70/30 dont le biseau droit est plus large, et un simple biseau dont le biseau est limité par la ligne de shinogi et dont la face arrière est légèrement creusée (urasuki).shinogiurasukiDouble biseau 50/50Double biseau 70/30Simple biseau
Trois lames vues en coupe depuis le talon, face à droite (proportions exagérées pour la lisibilité) : double biseau symétrique, double biseau asymétrique, simple biseau avec sa ligne de shinogi et sa face arrière creusée.

Quel angle pour un couteau japonais ?

Les couteaux japonais ont un angle plus fermé que les européens : environ 9 à 16° par côté, selon la marque. Le bon angle reste celui que donne le fabricant de votre couteau.

Angles d'affûtage par côté des couteaux japonais, par marque
Marque ou type de lameAngle par côtéD'après
Shun (Kai)16°Shun
Shun, Western Cook's Knife22°Shun
Kai (hors Shun)environ 15°Kai Europe
Global10 à 15° (environ 15° selon Yoshikin)Global ; Yoshikin, son fabricant
Tojiro10 à 15°Tojiro
Miyabi et santoku Zwilling9 à 12°Zwilling
MAC15° d'usine, 10 à 15° conseillésTormek, qui cite MAC
Wüsthof, lames asiatiques10°Tormek, qui cite Wüsthof
Toute lame à double biseau10 à 20°Naniwa, fabricant de pierres

Le tableau des angles par marque donne aussi les couteaux européens, et la méthode du feutre permet de retrouver l'angle d'une lame dont on ne sait rien.

15° et 45° : deux angles à ne pas confondre

Certains guides parlent de 45°, ce qui a de quoi surprendre. Il s'agit d'un autre angle : l'orientation de la lame sur la pierre, vue de dessus. Yoshikin conseille de poser le couteau en biais, à 45 à 60° de la pierre, Wahei Freiz à 45° environ, Korin à 60 à 70°. L'angle du tranchant, lui, se mesure entre la lame et la pierre, et reste autour de 10 à 15°.

Angle du tranchant et orientation de la lameÀ gauche, de profil, la lame posée sur la pierre forme avec elle un angle de 10 à 15 degrés. À droite, vue de dessus, la lame est posée en biais sur la pierre, à 45 à 70 degrés de son grand axe.10–15°Angle du tranchant (de profil)45–70°Orientation (vue de dessus)
Deux angles différents : à gauche, l'angle du tranchant entre la lame et la pierre ; à droite, l'orientation de la lame posée en biais sur la pierre, vue de dessus (45 à 70° selon Yoshikin, Wahei Freiz et Korin).

Aiguiser un double biseau, étape par étape

  1. Préparez la pierre. Une pierre à eau, posée sur un socle ou sur un linge humide pour qu'elle ne bouge pas, trempée ou simplement mouillée selon sa notice. Pour choisir la vôtre : quelle pierre japonaise choisir.
  2. Prenez l'angle de votre marque. Pour vous repérer, Tojiro indique qu'un angle de 10 à 15° correspond à un dos relevé d'environ 7 à 10 mm au-dessus de la pierre.
  3. Affûtez une face, puis l'autre. Faire monter le morfil, changer de face, émorfiler : le déroulé est détaillé dans le geste pas à pas.
  4. Respectez une lame asymétrique. Korin conseille de repérer d'abord l'angle de chaque face en regardant les deux biseaux. Pour un double biseau, Tojiro fait relever un peu plus la lame sur la face arrière.

Aiguiser un couteau à simple biseau

La face biseautée, à plat sur la pierre

Sur un deba ou un yanagiba, on ne choisit pas d'angle : on pose le biseau bien à plat sur la pierre pour suivre l'angle d'usine. C'est la consigne de Tojiro, de Kai et de Korin, qui insiste sur le respect de la ligne de shinogi. On affûte cette face jusqu'à ce qu'un morfil régulier se forme sur la face arrière.

La face arrière : à plat, en douceur

Sur la face arrière, on n'affûte pas vraiment. On pose la lame complètement à plat et on fait quelques passes légères pour retirer le morfil : Korin, Wahei Freiz et Kai Europe décrivent tous ce geste, et Wahei Freiz parle de deux ou trois passes. Korin appelle ce travail à plat l'ura-oshi ; d'autres auteurs donnent aussi ce nom à la fine bande plate qui borde le creux de la face arrière.

Le geste du simple biseauEn coupe : d'abord la face biseautée posée à plat sur la pierre, avec un mouvement d'aller-retour ; puis la lame retournée, face arrière complètement à plat, pour une passe légère qui retire le morfil.1. Le biseau à plat,jusqu'au morfil2. La face arrière à plat,passes légères
Simple biseau, en coupe : on affûte la face biseautée posée à plat sur la pierre jusqu'au morfil (1), puis on pose la face arrière complètement à plat pour quelques passes légères qui retirent ce morfil (2).

Ce qu'il ne faut pas faire

  • Relever la face arrière ou trop l'user. Korin et Jikko demandent de préserver le creux de l'urasuki ; selon Korin, c'est lui qui permet de continuer à affûter le couteau par la suite.
  • Effacer la ligne de shinogi en changeant l'angle du biseau, ce que Korin proscrit.
  • Le passer dans un aiguiseur à fente. La plupart des aiguiseurs grand public excluent le simple biseau, comme l'indiquent Kai, Kyocera et Yoshikin : voir les aiguiseurs et le simple biseau.

Aciers durs : pourquoi un couteau japonais s'ébrèche

Les couteaux japonais sont en général plus durs que les européens : autour de 60 à 63 HRC sur les gammes relevées chez Shun, Kai et Miyabi. Un acier plus dur garde son fil plus longtemps, mais il est moins tenace : un fil fin et dur s'écaille plutôt qu'il ne se tord. Shun, Korin et Miyabi déconseillent donc les os, les aliments surgelés ou très durs, la torsion et le levier avec la pointe.

L'affûtage peut aussi ébrécher. Korin déconseille les pierres à huile, souvent trop grossières pour une lame fine en acier dur. Yoshikin, le fabricant de Global, déconseille son aiguiseur rapide sur un couteau qui coupe encore, car il peut causer des ébréchures, et sur une lame déjà ébréchée.

Fusil, aiguiseur, pierre : ce que disent les fabricants

Sur le fusil en acier, les fabricants se contredisent, parfois au sein d'un même groupe :

Le fusil en acier sur un couteau japonais : la position des fabricants
FabricantPositionD'après
Shun (Kai, États-Unis)Oui, avec un fusil à guide de 16°FAQ Shun
Kai (Europe)Déconseillé, à cause de la dureté de l'acierCatalogue Kai 2024
KorinDéconseillé sur les couteaux japonaisFAQ Korin
ZwillingDonne un angle de 9 à 12° pour les MiyabiZwilling
MiyabiUniquement la pierre ou l'aiguiseur de la marqueNotice Miyabi

Suivez donc la notice de votre marque. Et une tige céramique, ou un fusil diamanté, enlève du métal : selon Shun, ce sont des outils d'affûtage, pas d'entretien courant.

Un aiguiseur à angle fixe doit correspondre à l'angle du couteau. Shun cale le sien sur 16°, Zwilling prévoit environ 10° par côté pour les lames japonaises sur son V-Edge, et le Chef'sChoice 1520 a un étage « Asian » à 15°. Voir les aiguiseurs à angle fixe.

Reste la pierre à eau, que Yoshikin, Korin et Miyabi préfèrent ; Kai, plus nuancé, propose aussi bien la pierre traditionnelle que l'aiguiseur électrique. Si votre couteau est en céramique, la méthode change : voir aiguiser un couteau en céramique.

Questions fréquentes

Quel angle pour aiguiser un couteau japonais ?

Le plus souvent, entre 9 et 16° par côté, selon la marque : 16° chez Shun, 10 à 15° chez Tojiro et chez Global, 9 à 12° pour les Miyabi selon Zwilling. Sur un couteau à simple biseau, on ne choisit pas l'angle : on pose le biseau à plat sur la pierre pour suivre celui d'usine.

Peut-on utiliser un fusil sur un couteau japonais ?

Les fabricants ne sont pas d'accord. Shun vend un fusil avec un guide à 16°. Kai, dans son catalogue européen, et Korin le déconseillent à cause de la dureté de l'acier. Miyabi recommande ses propres outils. Suivez la notice de votre marque ; une tige céramique enlève du métal, ce n'est pas un simple fusil.

Un aiguiseur à fente ou électrique convient-il à un couteau japonais ?

Seulement si son angle correspond à celui du couteau : Shun cale le sien sur 16°, Zwilling prévoit environ 10° pour les lames japonaises sur son V-Edge. Les couteaux à simple biseau sont exclus de la plupart des aiguiseurs (Kai, Kyocera, Global). Ces fabricants préfèrent la pierre à eau.

Comment savoir si mon couteau est à simple ou double biseau ?

Regardez les deux faces près du tranchant. Si un biseau est visible des deux côtés, c'est un double biseau, symétrique ou non. Si une face est plate, ou légèrement creusée, c'est un simple biseau : c'est le cas des deba, yanagiba et usuba.

Un santoku est-il à simple ou à double biseau ?

Le plus souvent à double biseau. Mais des fabricants japonais, comme Jikko à Sakai, font aussi des santoku à simple biseau. Vérifiez votre lame avant de l'affûter.

Pourquoi mon couteau japonais s'ébrèche-t-il ?

Son acier est plus dur (souvent 60 à 63 HRC) et sa lame plus fine qu'un couteau européen : le fil garde sa coupe plus longtemps, mais il est moins tenace. Shun, Korin et Miyabi déconseillent les os, les surgelés, la torsion et le levier. À l'affûtage, Korin met aussi en garde contre les pierres trop grossières.

Sources

Sources consultées en novembre 2026 :

Bien s'équiper

La pierre japonaise

Synthétique ou naturelle, quel grain, faut-il la tremper : laquelle choisir pour commencer.

Choisir sa pierre

Le bon réglage

Les angles d'affûtage

Le tableau complet par marque, couteaux européens compris, et la méthode du feutre.

Voir le tableau